';

Une autre langue

[ Extrait ]

Un temps pour la maison

Que se dissipe l'empreinte

Que se dissipe l’empreinte
Des passants des passés,
La maison
Un temps veut se retrouver nue.

Suspendues, balancent les nouvelles boules de graisse
Les mésanges ne viennent pas.

Comme le chat qui miaule
Imitant le cri de l’enfant,
Extirpent leur tristesse.

À moins que cela soit
Ton absence

 

Elles me narguent, sautillant,
Fragiles baguettes d’hortensia déplumé
D’où commencent à pointer quelques boutons de fleur.

 

Chaque nuit
Ignorant où aller atterrir
Je revends la maison.

Le lever du matin douloureux et inquiet,
Premiers jets de soleil
Tranchent l’herbe d’une lumière blafarde,
Petit éblouissement.

Je m’acharne impatient sur la souche d’olivier
En extraire la douleur

Me regarde d’en haut – sa muraille incrustée de galets,
Gris teintés de rose, gris teintés de bleu –
En train de m’agiter, placide,
Aux confins du temps.

Le temps que j’écrive ces mots,
La lumière gagne.
Désormais les ombres font la trace

 

 

 

Monk pétrit son piano

Les parcs au crépuscule

L'île

A l’heure où extatique la mer rosit, touches bonnardiennes qui virent au violet
Les piquets des parcs s’alignent, vieux hussards fatigués sur lesquels paradent
d’humides cormorans venus sécher leurs ailes, se transforment en moignons
torturés se courbant avec l’âge, contemplant leur reflet dans le miroir de l’eau lisse
comme un lac
Le héron lentement allonge sa longue tige, la pose dans la vase, se fige, scrute,
penche son bec, le relève et poursuit son chemin
Les dernières mélodies chantent la fin du jour, perchées dans les pins vieillissants,
au loin le ronflement variable d’un hors-bord lentement s’éteint
Le pivert sautille dans l’herbe sèche avant de s’envoler par à-coups en formant des
ellipses
La poule faisane guette et les lapins gambadent
Le ronflement sourd du gros insecte jaune et rouge croît puis s’estompe après que
l’engin métallique ait fait tournoyé ses hélices au-dessus de ta tête, t’obligeant à te
lever pour assister à sa rituelle parade
Tâches rouges du pommier dans son vert entourage que caresse la lumière chaude
des derniers rayons
Bientôt, avant que les moustiques attaquent, les mouettes crieront un dernier hallali,
jouissant de courants d’air ultimes qui de la terre encore tiède grimpent vers
d’invisibles nuages
Peut-être un peu plus tard, la grosse orange sortira du lointain et laissera en
s’élevant lentement une traînée sur le Vran que seules quelques risées troubleront à
peine, ondulant faisceau que l’onde parvient à fragmenter tandis qu’au loin
clignotent les tâches rouges au sommet des grandes palles à l’arrêt